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Stock: 8 / Price: 30.00€

Survivre à sa vie

Exhibition catalogue with text in French and English. Collage illustrations used in his film Suivivre a sa vie in 2010. 54pgs with color illustrations.

 

Catalogue de l'expositions de collages réalisés avec le matériel utilisé pour la réalisation du film Survivre à sa vie (théorie et pratique) en 2010. Ils ont tout d'abord été présentés au Japon en 2011.

Edité par Galerie Les Yeux Fertiles, Paris, 2012

 

Jan Švankmajer est sans conteste un génie du cinéma d'animation. Son film Survivre à sa vie fut présenté, en 2010, hors compétition au Festival international du film, 67e édition de la Mostra de Venise, et y rencontra un accueil enthousiaste.

Sa maison de production n'ayant pas pu réunir le budget nécessaire, ce qui devait être un long métrage classique, devint un film d'animation. Švankmajer a utilisé une technique d'animation plus simple, faite de morceaux de papier et de photogrammes découpés. Ce qui au départ se présentait comme un handicap se révélera un atout esthétique majeur. Le film a été réalisé avec une économie de moyens, toutes les séquences avec acteurs ayant pu être tournées dans un unique studio et ainsi minimiser les coûts. Comme le dit son réalisateur, ce n'est pas une expérience formelle, juste un pauvre substitut imparfait du film originellement prévu. Un genre de film de fusion. C'est une des particularités de Jan Švankmajer : associer prise de vue directe et cinéma d'animation, se fondant dans une même image, et créant alors un univers fictif unique. Survivre à sa vie (théorie et pratique) est une charge féroce contre la psychanalyse. Švankmajer a qualifié son film de "comédie psychanalytique"; l'un des personnages principaux est une psychanalyste. Ce long métrage rassemble toutes les obsessions du cinéaste : grosse bouffe, langues charnues, femmes nues à tête de poule, amour fou sur un ton paillard et grinçant...

"Un matin, j'ai été réveillé par un rêve et je me suis dit : cela ressemble à la première scène d'un film. Ensuite j'ai écrit les autres scènes. J'ai toujours voulu faire un film où les rêves se mêlent à la réalité et vice-versa. Seule la fusion du rêve et de la réalité peut constituer la plénitude de la vie humaine. Malheureusement, notre civilisation n'a pas le temps pour les rêves parce qu'ils ne peuvent être monnayés..."

Jan Švankmajer se déclare être un grand pessimiste et un misanthrope. Le cinéma est pour lui une forme d'auto-thérapie, au même titre que les autres formes de création. Le cinéma l'aide à se débarasser de certains de ses traumatismes. Dans l'une des enquêtes du groupe surréaliste tchèque, Švankmajer décrit l'inspiration ainsi : "La base de mon travail est un processus interne, composé à la fois d'éléments conscients et inconscients. L'impulsion venant du monde extérieur (la réalité) est traitée dans un laboratoire interne, la chaudière de mon inconscient, auquel je n'ai pas accès. L'inspiration est alors la cloche de la porte d'entrée, qui m'indique que le processus interne est terminé et que je peux en disposer. Je n'ai pas de contrôle sur le rythme de la procédure avant que la cloche ne sonne. Dans mes oeuvres, comme les anciens alchimistes, je distille en permanence l'eau des expériences de mon enfance, de mes obsessions, de l'idiosyncrase, de l'anxiété, de sorte que l'eau devient lourde de connaissances nécessaires à la transmutation de la vie."

Le secret de l'humour imaginatif de Švankmajer consiste sans aucun doute, dans un face à face entre le pathos lyrique et la réalité crue. La réalité s'évaporant avec le pathos, la réalité lyrique devient ce que perçoit les yeux de l'enfant ou du poète : un jeu qui n'a rien de noble, ni de rude, où la grossièreté cesse d'être grossière, le cynisme cesse d'être cynique, un véritable jeu d'imagination.

"Je pense que mon travail est de plus en plus dirigé contre les tentatives de jeux purs pour me libérer de la peur et de l'anxiété. J'utilise le sarcasme et l'humour objectif comme une arme."

Helena Staub, juin 2012